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Exclu - PSGReal, Classico, état d'esprit et humilité, Laurent Fournier nous livre ses impressions

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Exclu – PSG/Real, Classico, état d’esprit et humilité, Laurent Fournier nous livre ses impressions

Après son 8e de finale aller de Ligue des Champions perdu contre le Real Madrid (et une victoire 5-2 contre Strasbourg en Ligue 1), le Paris Saint-Germain a eu une semaine repos pour préparer un enchaînement essentiel dans sa saison. Il y a d’abord 2 réception de son rival l’Olympique de Marseille (en Ligue 1 dimanche et en Coupe de France mercredi), un déplacement à Troyes et surtout le 8e de finale retour de Ligue des Champions le 6 mars. Laurent Fournier, ancien joueur (1991-1994, puis 1995-1998) et entraîneur (2005) parisien qui a connu en tant que joueur certaines très grandes soirées de l’histoire du club, nous a accordé une interview pour revenir sur moment charnière de la saison.

Qu’avez-vous pensé du match aller ? Paris méritait de perdre ?

Ça, je ne sais pas. Mais j’ai trouvé qu’ils se sont procurés de bonnes situations et qu’ils ont loupé pas mal d’occasions. L’expérience a fait la différence. C’est dommage de prendre ces 2 buts sur la fin sur des erreurs de placement et de communication.

« il faut qu’ils soient beaucoup plus dans l’humilité »

Est-ce qu’on peut espérer que le PSG aura réparé ces erreurs en 3 semaines ?

J’espère pour eux. Je suis confiant, par rapport à ce qu’ils ont démontré individuellement. Ils ont les qualités pour passer. Après, collectivement il faut qu’ils soient beaucoup plus dans l’humilité. Il faut que chacun joue son rôle, avec ses qualités et ses défauts. Je crois que le milieu doit être milieu, le défenseur un défenseur…Quand il y a 3 joueurs exceptionnels comme ça devant, il faut que derrière le travail soit fait pour eux. Il faut que certains pensent plus à bien défendre que jouer à la baballe, comme on l’a vu sur les 5 premières minutes. Ils se sont mis en danger sur un manque d’humilité en se pensant en Ligue 1.

Vous pensez à un joueur en particulier ?

« J’ai vu une équipe individuelle. »

Non, tout le monde. Verratti, Lo Celso…je crois qu’il faut se mettre à la disposition des joueurs qu’il y a dans l’équipe. Quand on a la chance d’avoir des Cavani, Mbappé, Neymar ou Pastore et Di Maria quand ils jouent, je crois que les autres doivent se concentrer sur le travail qu’ils ont et ne pas penser qu’ils seront les sauveurs.

Mais justement Neymar on ne pouvait pas attendre plus de lui sur ce match ?

Peut-être que si. Mais il est là pour faire la différence individuellement. S’il se concentre là-dessus, il peut le faire. Il faut que chacun respecte ses valeurs. Des joueurs sont là pour récupérer le ballon, d’autres pour le donner et les autres pour faire la différence et marquer. Ce n’est pas ce que j’ai vu là-bas. J’ai vu une équipe individuelle.

C’est une vraie progression à faire pour l’Europe, car cela passe souvent en Ligue 1 en étant « individuel…

En Ligue des Champions il y a plus d’intensité et d’impact. Il y a des petites ressorties de balle qui passent en Ligue 1, parce que l’agressivité n’est pas toujours là et le talent est moindre que contre le Real ou le Bayern. On l’a vu même à Strasbourg ou Lyon, quand l’adversaire a mis plus d’agressivité le PSG a été en difficulté. Quand les joueurs ne sont pas impressionnés, comme à Marseille, c’est plus difficile.

Ce n’est pas parce que l’on s’appelle untel ou untel, que l’arbitre va faire des cadeaux. Ce n’est pas parce qu’on est le PSG que l’adversaire vous laisse dribbler ou il suffit de gueuler sur l’arbitre pour avoir le coup-franc. Il faut se mettre dans la disposition d’un match de haut niveau ou les valeurs des effectifs sont les mêmes et la motivation fait la différence.

« Il faut se retrousser les manches et se dire qu’on va se faire mal. »

On a vu justement le PSG se plaindre de l’arbitrage, comme l’an dernier, mais n’est-ce pas surtout à Paris d’apprendre à jouer ces matchs-là, peu importe l’arbitrage ?

Forcément. Quand vous voulez jouer facile et que vous perdez le ballon sur un coup d’épaule, il ne faut pas se plaindre auprès de l’arbitre, ou auprès de papa maman (rires). Ce n’est pas ça. Il faut se retrousser les manches et se dire qu’on va se faire mal. Même si sur un match on est moins bien techniquement ou tactiquement, il faut être prêt.

Les 2 Classicos avant ce match retour, c’est la préparation parfaite justement ?

Je pense oui. Marseille montre une grosse détermination et une belle progression par rapport au début de saison. J’espère que ce sera un match de Ligue des Champions et que cela fasse du bien au PSG. S’ils arrivent à se mettre dans ce rythme-là, à être concentré et qu’ils arrêtent de dire que c’est la faute d’untel ou un autre, ils passeront. Ils ont le talent, à un moment il faut qu’ils se disent qu’ils vont jouer ensemble et gagner cette Ligue des Champions.

Qu’avez-vous pensé du fait de titulariser Kimpembe plutôt que Thiago Silva contre le Real Madrid ?

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« Ce qu’a fait Kimpembe, c’est très bien »

Ce qu’a fait Kimpembe, c’est très bien. Ce n’est pas facile de prendre la place du capitaine. Ceux qui ont plus d’expérience doivent l’aider. Ce n’était pas un turnover, mais un choix d’entraîneur. Quand vous prenez la place de celui qui soi-disant gère au PSG, c’est difficile. Mais quand vous le voyez aller taper dans la main des joueurs et se rassurer, c’est très bien ce qu’il a fait.

« Il n’a pas écouté Pierre, Paul ou Jacques, qui ne sont pas aux entraînements »

Silva sera titulaire au retour vous pensez ?

L’entraîneur a fait ses choix sur ce qu’il a vu avant. Beaucoup ont critiqué, mais le PSG en a aussi pris 6 contre le Barça l’an dernier. C’est une décision, chacun interprète comme il veut. Mais je ne suis pas au Camp des Loges. Emery a pris la décision qu’il sentait. Je dis souvent qu’il vaut mieux mourir avec ses idées que mourir avec celles de son président.

L’an dernier, le PSG avait aussi gagné avec Kimpembe. Si Emery l’a fait, c’est qu’il a des raisons. Il aura la conscience tranquille. Il n’a pas écouté Pierre, Paul ou Jacques, qui ne sont pas aux entraînements. Ce sont ses choix et c’est très bien. Je serais très content pour lui que le PSG passe. Pour Paris d’abord bien sûr, et les supporters. J’espère qu’ils feront une belle fête !

On voit aussi ces derniers jours les appels de l’entraîneur et des joueurs aux supporters, ce Parc des Princes peut faire la différence ? C’était le cas à votre époque ?

Sincèrement oui. Quand vous sentez l’atmosphère dans ce Parc…J’étais suspendu au retour contre le Real Madrid (le fameux 4-1 en 1993, ndlr), mais quand vous voyez les matchs que l’on a joués contre Naples, des matchs de Coupe d’Europe…vous savez qu’il ne peut rien vous arriver.

Après les supporters vont se mettre à l’image de ce que donne les joueurs. Ce sont eux qui vont mettre l’intensité, le rythme. Ils doivent mettre les supporters avec eux. Les supporters vont aider, mais le tempo ce sont les joueurs qui vont le dicter. Si vous amenez le public dans ce trip-là, il va suivre. Les connaissant, ils seront à 200%.

Au milieu de ces matchs contre Marseille et le Real Madrid, il y a aussi le déplacement à Troyes. Est-ce que loupé ce match pourrait être important ?

C’est compliqué ce genre de match. Il ne faut pas tomber dans un faux rythme. Le rythme de cette rencontre entraîne vers le match suivant. Quand vous mettez du rythme sur ce match, vous êtes lancés pour la Ligue des Champions après.

Troyes va jouer à 200%, avec de l’agressivité. Il ne faudra pas que les joueurs s’énervent s’ils prennent des coups, qu’ils se plaignent de peut-être louper le match contre le Real.

 » Il faut que les joueurs fassent bloc, mais cela ne passe pas dans les journaux. »

Il faut donc réussir à être fond, mais un joueur pense forcément au Real…

Oui, bien sûr. Après il y aura les choix du coach de faire tourner ou non. Je me souviens d’un match avant Anderlecht, où le PSG avec ses joueurs qui ne jouaient pas d’habitude avait gagné 5-1 contre Bordeaux. Gaëtan Huard avait fait ses conneries. Arthur Jorge avait enlevé tous les milieux.

La clef c’est de concerner tous les joueurs ?

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« c’est une âme à voir. Ils l’ont eu, ils l’ont »

Il y a toujours des états-d’âmes, des joueurs mécontents de ne pas jouer et même des femmes qui ne sont pas contentes parce que leur mari ne joue pas (rires). Cela fait partie du jeu. C’est sûr que décupler par les réseaux sociaux. Il faut que les joueurs fassent bloc, mais cela ne passe pas dans les journaux.

Quand j’en vois certains ne pas sortir avant le match contre le Real Madrid pour l’échauffement, cela m’embête. Par rapport aux coéquipiers…je n’aime pas.

C’est tout un état d’esprit à créer ?

Oui, c’est une âme à voir. Ils l’ont eu, ils l’ont. Ce n’est pas le talent qui manque. Mais on a l’impression que de temps de temps, il y a des absences, des erreurs de communication, peut-être une mauvaise gestion. On en voit certains oublier un peu leur rôle aussi des fois.

Mais quand on voit les femmes qui se plaignent sur les réseaux sociaux, c’est le PSG qui doit empêcher cela ou il faut apprendre à faire avec ?

Il faut faire avec. Cela fait partie du nouveau football. C’est surtout aux joueurs de faire attention et rester soudés. Cela arrive de louper des matchs. Si à chaque fois vous boudez l’échauffement ou votre femme tweet…cela va être compliqué (rires).

Cela peut créer un vrai problème dans le groupe ?

Ça peut, je pense. En faisant ça, vous ne respectez pas le coach ni le partenaire. Cela veut dire que vous vous sentez au-dessus de lui, au-dessus des autres. Si tout le monde dit qu’il mérite de jouer ou que les femmes s’en mêlent, cela devient compliqué.

On voit aussi des plaintes de supporters et journalistes sur le fait qu’il y aurait trop de pression sur le PSG dans les médias, vous avez été coach et joueur à Paris, vous trouvez vraiment que c’est particulièrement élevé aujourd’hui ?

Nous aussi on avait de la pression (rires). Il y a la pression des résultats, des supporters. Il y a plein d’autres joueurs qui aimeraient être à Paris. Il y a plein d’anciens qui aimeraient vivre cette époque, jouer ces matchs-là. Affronter le Real Madrid, disputer la Ligue des Champions, c’est énorme.

« S’ils l’acceptent, cela prouve qu’ils sont de grands joueurs. Sinon, c’est qu’ils n’ont pas leur place au PSG. »

Vous aimeriez revenir comme entraîneur ?

Je ne sais pas. Après, on admire forcément cette équipe. Les qualités sont énormes. Il y a tout ce qu’il faut pour réussir.

Le plus dur c’est plus la gestion que l’aspect technique ou tactique ?

Oui, en grande partie. Ce qui fait la différence c’est l’intelligence des joueurs. Ils doivent savoir pourquoi ils sont au PSG, mériter leur place. Dans le football rien n’est acquis. Il faut se tenir prêt. S’ils l’acceptent, cela prouve qu’ils sont de grands joueurs. Sinon, c’est qu’ils n’ont pas leur place au PSG. Quand vous êtes dans un grand club, vous savez que vous êtes en concurrence. Le coach fait des choix et vous l’aimez ou pas, mais il faut accepter ses choix. Il ne faut pas mettre en difficulté les partenaires. Il faut les laisser à l’aise.

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« Après on ne joue pas, on ne joue pas. On s’entraîne, on fait son job correctement »

En parlant de ces joueurs qui doivent accepter les choix, vous pouvez comprendre la situation de Ben Arfa ?

Je comprends, oui. Il a fait son choix de venir au PSG. Après on ne joue pas, on ne joue pas. On s’entraîne, on fait son job correctement. On arrête de parler à droit à gauche. J’ai déjà été remplaçant, ce n’est pas marrant, ce n’est pas facile. Mais quand on a la chance de s’entraîner avec des grands joueurs, comme moi avec des Waddle, Tigana, Ricardo ou Weah, et bien vous apprenez. Vous progressez. Mais en fin de carrière, à force, vous avez fait des matchs de Coupe d’Europe, vous avez des titres, parce que vous vous êtes accrochés.

Mais Ben Arfa c’est particulier, il est resté alors qu’il lui a été clairement dit qu’il ne jouerait pas.

Justement, je vais vous expliquer mon cas à Marseille. On m’a dit « Si tu restes, tu ne joues pas. », qu’est-ce que vous faites ?

En temps normal on part.

Et bah voilà (rires), je suis parti ! On m’a dit que je n’aurais aucune chance. Moi je suis là pour jouer au football.

Cela aurait été la réaction normale pour lui aussi…

Ah, après ça je ne sais pas, je ne suis pas dans son corps (rires).

« J’ai eu la chance d’apprendre d’autres choses »

D’ailleurs, vous pouvez expliquer votre année à Bordeaux au milieu de votre aventure parisienne ? 

On ne voulait pas me garder à la fin de mon contrat. Je voulais rester, mais ils ne voulaient pas, alors je m’en vais. Après on me dit « reviens », et bien je reviens ! (rires).

Cette année vous a servi ou c’est plus un an « perdu » ? 

Cela m’a servi. J’ai eu la chance de côtoyer, Zidane, Dugarry et Lizarazu. J’ai eu la chance d’apprendre d’autres choses. Bordeaux était aussi un bon club, avec une autre vision du football.

Vos pronostic pour le Classico dimanche et le match contre le Real ?

Le Classico, 3-1 et contre le Real Madrid je vais dire 5-2 pour Paris, il faut mettre un peu folie !

Certains disent plutôt 2-0, mais ça semble impossible…

Non, je ne pense que Paris va prendre des buts. Mais après, si c’est 2-0, on signe ! Mais je dis bien 5-2.

 

 

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