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Thomas Meunier raconte son parcours particulier de football "la vie n'est pas supposée se dérouler ainsi."

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Thomas Meunier raconte son parcours particulier de football « la vie n’est pas supposée se dérouler ainsi. »

Thomas Meunier, arrière droit de 26 ans du Paris Saint-Germain et de la Belgique, s’est longuement confié dans The Players’ Tribune à quelques heures de commencer la Coupe du Monde avec la Belgique (ce lundi à 17h face au Panama). Le latéral revient sur son très étonnant parcours qui l’a mené jusqu’à un grand club européen et la plus grande compétition de football.

Être un postier est bien plus difficile qu’on ne le pense. D’ailleurs, la prochaine fois que vous en voyez un qui arrive à votre maison avec le courrier, vous devriez lui ouvrir la porte et lui donner un bonjour. Peut-être aussi lui offrir du thé ou quelque chose. Parce qu’ils ont sans doute eu une dure journée de travail. Tout le monde pense certainement « pourquoi ce footballeur me parle du postier ? Croyez le ou non, 3 ans avant mon premier match avec la Belgique, c’était mon métier. Ce n’était pas il y a une éternité, c’était en 2010. Et maintenant, 8 ans plus tard, je me prépare à jouer une Coupe du Monde avec mon pays.

« Ma carrière a été tellement étrange que, même maintenant, j’ai du mal à y croire »

Vous pouvez vous demander comment c’est possible. Des fois, je me pose la même question. Ma carrière a été tellement étrange que, même maintenant, j’ai du mal à y croire. Donc la meilleure chose que je puisse faire c’est de raconter mon histoire du mieux que je peux.

Comme beaucoup d’histoires de footballeur, la mienne commence avec mon père, qui a joué au niveau amateur et qui était…Disons, qu’il était un peu intense. Je pense qu’il voulait que je devienne professionnel parce qu’il n’a jamais pu réaliser son rêve. (…)

Toute ma famille aime le football, même mes grands-parents. Il n’y avait pas grand-chose à faire dans notre village, vous voyez ? Il s’appelle Saint-Ode et c’est au milieu de nul part. Il n’y a qu’environ 2 000 personnes qui y vivent. Il était possible d’aller à l’école, de jouer au football ou faire de la gymnastique. (…)

« J’ai dit à mes parents que j’arrêtais pour de bon. Je n’avais plus la passion. Mon rêve était mort. »

Mais un jour, quand j’avais 12 ans, ma vie a changé. Mes parents se sont séparés. Je pense que c’était pour le mieux. Mon père n’est pas délicat. Les choses à la maison étaient un peu intenses. Ma sœur et moi sommes allés vivre avec ma mère, et ça a été difficile pour elle. Elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour qu’il y ait quelque chose pour nous dans le frigo. (…) Grâce à elle, on avait tout ce qu’il nous fallait.

Un an plus tard, quand j’avais 13 ans, j’ai obtenu une place dans la formation du Standard Liège. Le seul problème c’est que c’était loin de notre village, donc j’ai dû partir en pensionnat près de l’académie. Au début, je ne voulais même pas y aller. Je pensais que la maison me manquerait trop. Mais c’était une grande opportunité, et une fois arrivé je me suis fait des amis. C’était une grande expérience. C’est une période que je n’oublierai jamais. J’ai passé 2 années là-bas et je pensais que peut-être j’étais en route pour la première division belge.

« Je suppose qu’elle a vu quelque chose en moi que je ne voyais pas »

Et puis, un jour, quand j’avais 15 ans, le coach des jeunes m’a appelé avec ma mère pour une réunion. Nous nous sommes assis et il a seulement dit « Nous nous séparons de Thomas ». J’étais en choc. Que répondre à ça ? Je me souviens que ma mère et moi nous nous sommes regardés pour un moment, puis le coach et ma mère a dit « Ah, d’accord…C’est tout ? ».

C’est peut-être étrange, mais pour moi, ce n’était pas une catastrophe. Ce n’était pas comme si le football était mon seul plaisir dans la vie. Alors j’ai pensé ‘Ca y est, c’est fini pour moi. Je vais aller à l’école normale maintenant. Faire des choses normales. Aller au cinéma. Profiter de la vie’. Donc j’ai dit à mes parents que j’arrêtais pour de bon. Je n’avais plus la passion. Mon rêve était mort.

Vous pouvez imaginer comment mon père s’est senti. Nous avons arrêté de parler de football. C’était un problème, parce que le football était notre vie. Il était tellement déçu. Il avait exprimé sa passion pour le football à travers moi. Donc quand mon rêve a été détruit, le sien aussi. Je m’attendais à ce que ma mère soit plus compréhensive, mais non.

Elle a été contre ma décision « Le football c’est ta vie. Tu dois jouer », disait-elle. Alors elle a appelé un coach d’un tout petit club appelé Virton et elle a dit « Mon fils était au Standard Liège et il a été libéré. Est-ce qu’il peut venir pour un essai ? Il est très bon, je le promets ! »

Je suppose qu’elle a vu quelque chose en moi que je ne voyais pas. Peut-être que c’est parce que j’étais tellement habitué à jouer au football que je ne réalisais pas à quel point c’était important pour moi. (…) Ma mère me connaît mieux que personne. Donc j’ai joué un match avec l’équipe de jeunes de Virton. Nous avons 15-3 et j’ai marqué environ 10 buts. Le coach est venu me voir après et m’a dit « Quel numéro tu veux ? ».

Bien sûr, ça ne ressemblait pas à un tournant de ma vie à ce moment. Virton était en 3e division et les salaires des seniors étaient autour de 400 euros par mois. Pas assez pour vivre.

« Je jouais pour le plaisir, pour la passion, pour l’amour du football. »

Ce qui est amusant, c’est que mon père avait arrêté de me parler de football quand j’ai été libéré par Liège. Il a dit qu’il ne viendrait pas à mes matchs pour Virton. Cela ressemblait à un chapitre fermé. Mais un soir, quand je jouais l’un de mes premiers matchs en senior avec Virton, j’ai regardé dans les tribunes et je l’ai vu assis dans un coin, en train de me regarder jouer. (…)

Je ne gagnais pas assez d’argent pour être footballeur à plein temps. Mais je n’avais pas non plus assez de temps pour aller à l’université. C’est pour cela que j’ai passé 4 mois en tant que postier. Pour être honnête, je ne peux pas dire que j’ai aimé ça. Par chance, j’ai eu ce travail à l’usine de voiture, c’était beaucoup mieux. (…)

« Je me sentais vraiment libre »

Je n’oublierai jamais mes collègues à l’usine. Nous sommes devenus de supers amis. Ils étaient de grands fans de football. D’ailleurs, ils me connaissaient avant que je commence à l’usine. Ils suivaient Virton et avaient vu mes matchs. Donc si on perdait, vous pouvez imaginer comme ils m’embêtaient le lundi matin « Bordel, tu as été nul ». Mais, cela fait partie du travail n’est ce pas ? (rires).

Sur le terrain, des changes étranges ont commencé à m’arriver. Je jouais en tant qu’attaquant et j’ai commencé à marquer des buts incroyables, pied gauche, pied droit, têtes, de 10 mètres et de 50 mètres. C’était fou. Et je ne le réalisais pas, mais des gens filmaient mes buts et les mettaient sur YouTube. Je crois que certains ont été beaucoup vus sur les réseaux sociaux. Peu de temps après, tout le monde en Belgique parlait de ce gars de 3e division qui marquait ces buts fous. Ils ne réalisaient probablement pas qu’il travaillait dans une usine de voitures.

C’est étrange à expliquer, mais vous savez pourquoi j’ai marqué ces buts ? Parce que je me sentais vraiment libre. Je ne jouais plus par obligation. Je m’étais échappé de « l’usine à talents » du Standard Liège. (…) Je jouais pour le plaisir, pour la passion, pour l’amour du football.

‘Sans elle, je ne jouerais plus au football.’

Soudainement, quelques grands clubs étaient intéressés. Mon prix était d’environ 100 000 euros, ce qui n’était rien. Alors ils ont pensé « Il n’a que 19 ans et il n’est pas cher, pourquoi ne pas prendre le risque ».

Je n’oublierai jamais le moment où mon agent m’a appelé et m’a dit « Club Bruges te veut, cela se passe ». La meilleure équipe en Belgique. Vraiment, je ne pouvais pas y croire. Je n’arrêtais pas de lui demander « C’est vrai ? Tu es sûr ? »

Avant de signer le contrat, j’ai eu une révélation. J’avais été un mec normal. Un postier, un ouvrier d’usine, un joueur en 3e division. Je l’étais encore. Mais maintenant j’avais cette chance que un sur un million obtient. J’ai repensé à ma mère. C’était grâce que tout cela s’était passé. Là, je pouvais le lui rendre, et tout ce que j’avais à faire était de jouer au football. Il y avait un peu de doute, bien sûr, mais j’ai pensé « Le moins que je puisse faire c’est de donner tout ce que j’ai pour y arriver ».

Alors j’ai signé le contrat et ma vie a changé. Le mieux c’était probablement quand mon père m’a appelé. Il a dit « Bordel ! Oui ! Mon fils l’a fait ! Mon fils joue pour Club Bruges ! »

Après que j’ai eu ma chance pour jouer avec Bruges, je ne suis jamais sorti de l’équipe titulaire. Les deux premières années je jouais en tant qu’attaquant, puis ils m’ont changé en arrière droit. Cette année, en 2013, j’ai eu ma première convocation en équipe nationale. Faire mes débuts avec la Belgique était spécial. Je me souviens que ma mère m’a dit que tout le monde dans le village l’appelait. Ils disaient « Oh, Thomas est à la télé ! Il joue pour la Belgique ! C’est fou ! ». Elle était tellement fier. Et je lui étais reconnaissant. Sans elle, je ne jouerais plus au football.

(…)

‘Debora, tu réalises que je joue pour Paris ?’

« Aller de boire un café dans une usine de voitures à jouer avec Neymar »

La Coupe du Monde cet été sera une expérience incroyable quoiqu’il arrive, parce que ce sera le premier Mondial pour un autre membre de notre famille.

En décembre 2015, mon fils est né. C’était un nouveau commencement dans ma vie. Le meilleur moment que l’on puisse vivre. Imaginez : en décembre, mon fils est arrivé, après j’ai était champion de Belgique avec Club Bruges, puis j’ai joué l’Euro 2016 et ensuite j’ai signé au Paris Saint-Germain. (…)

Mon fils ne sait pas encore ce que je fais. Quand on est dans Paris et qu’il voit un logo du PSG il dit « C’est Papa, c’est Papa ». Au stade c’est pareil. Tous ceux qui ont un maillot du PSG sont « Papa ». Il sait que je fais quelque chose. Peut-être que dans un an ou deux il sera capable de dire « mon père est un joueur de football ».

J’espère qu’il ne va pas me demander d’expliquer comment s’est arrivé par contre. Parce que je ne peux pas. Je suis toujours aussi surpris que vous. Des fois, je suis sur le canapé avec ma compagne, Debora, et je la regarde et lui demande « Debora, tu réalises que je joue pour Paris ? ».

Qu’est ce que je fais là ? Je me pose encore cette question. La seule réponse que j’ai trouvé c’est le destin. Aller de boire un café dans une usine de voitures à jouer avec Neymar, la vie n’est pas supposée se dérouler ainsi.

 

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