Editos
Billet d’humeur – Vitinha, l’indispensable qui résiste au grand turnover du PSG
Au Paris Saint-Germain, la concurrence a gagné presque tous les postes. Presque. Avant le Classique remporté à Marseille (1-2), L’Équipe relevait que Vítor Machado Ferreira (26 ans), dit Vitinha, avait disputé 609 des 630 minutes possibles cette saison. Le Portugais traverse pourtant une période moins brillante. Et c’est précisément ce qui rend son statut encore plus intéressant.
Moins brillant, toujours aussi difficile à sortir
Il serait assez étrange de prétendre que Vitinha évolue actuellement à son meilleur niveau. Son début de saison n’a pas la netteté de ses périodes les plus impressionnantes. Son influence paraît parfois moins écrasante, certaines séquences sont moins propres et le Portugais donne moins cette sensation de contrôler le rythme du match avec une télécommande cachée dans la chaussette.
Luis Enrique (56 ans) le sort pourtant très peu de l’équation. Avant OM/PSG, Vitinha avait joué 609 minutes sur 630 possibles toutes compétitions confondues. Au Vélodrome, il a encore disputé l’intégralité de la rencontre. Dans un effectif où les titulaires changent régulièrement et où quelques performances moyennes suffisent à rouvrir immédiatement le débat sur la concurrence, l’exception est spectaculaire.
Mais elle n’a rien d’illogique. Être moins performant pendant quelques semaines ne remet pas automatiquement à zéro tout ce qu’un joueur a construit. Vitinha a gagné une marge par son importance dans les deux Ligues des champions remportées par le PSG, mais surtout parce que sa fonction reste très particulière dans cette équipe. La concurrence doit stimuler. Elle n’a pas vocation à provoquer un changement pour le simple plaisir de prouver qu’elle existe.
Remplacer le joueur n’est pas remplacer sa fonction
C’est probablement là que se situe la vraie différence avec beaucoup de ses partenaires. Luis Enrique dispose de plusieurs solutions pour occuper presque chaque zone du terrain. Au poste de sentinelle également, Paris peut bricoler, adapter un profil, modifier son animation. Mais placer quelqu’un devant la défense ne suffit pas à fabriquer un autre Vitinha.
Le Portugais est à la fois une solution de sortie de balle, un régulateur, un joueur capable de venir très bas puis de faire progresser l’action et celui autour duquel les distances collectives paraissent souvent les plus naturelles. Il n’a pas besoin d’être exceptionnel à chaque match pour que certaines de ses qualités restent utiles. Voilà pourquoi sa situation diffère profondément de celle d’un attaquant en manque d’efficacité ou d’un ailier dont un concurrent apporte immédiatement davantage.
Son statut raconte aussi quelque chose du PSG actuel. Cette équipe a énormément travaillé pour devenir moins dépendante des individualités. Les doubles champions d’Europe peuvent modifier leur attaque, leur défense et même la composition de leur milieu sans complètement perdre leur identité. Pourtant, au cœur de cette volonté d’interchangeabilité subsiste un joueur dont personne ne reproduit totalement le travail.
Une marge méritée, une dépendance à surveiller
Il existe évidemment un contrepoint. Cette confiance ne peut pas devenir une immunité permanente. Si Vitinha devait durablement descendre d’un cran, Luis Enrique finirait par devoir chercher autre chose. Et avec une saison aussi longue, continuer à lui demander quasiment toutes les minutes disponibles poserait de toute façon une autre question : celle de l’usure.
C’est même peut-être le petit chantier caché derrière son statut actuel. Le PSG n’a pas nécessairement besoin de trouver un joueur meilleur que Vitinha pour le concurrencer. Il aurait surtout intérêt à construire une alternative suffisamment crédible pour pouvoir vivre sans lui pendant une heure, un match ou plusieurs semaines sans modifier profondément son football.
Pour l’instant, le constat reste presque amusant : Vitinha peut être moins bon et conserver davantage de marge que beaucoup de Parisiens lorsqu’ils sont bons. Ce n’est pas un privilège offert par Luis Enrique, mais la conséquence de tout ce qu’il apporte encore lorsque sa forme n’est pas optimale. La vraie alerte ne serait donc pas de voir Vitinha traverser une période moyenne. Ce serait de découvrir que, même dans cette version-là, le PSG n’a toujours personne dont il puisse réellement se passer à sa place.






