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Edito - Doué, le procès permanent : quand l’impatience abîme le retour au niveau
@Dave Winter/FEP/Icon Sport

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Edito – Doué, le procès permanent : quand l’impatience abîme le retour au niveau

Au PSG, un creux de forme ne déclenche pas une analyse : il déclenche un procès. Désiré Doué, au 5 février 2026, revient pourtant d’une fin 2025 hachée par deux blessures. Logiquement, il cherche à redevenir l’élément essentiel… et il force : dribbles en trop, enchaînements moins propres, décisions précipitées. Les médias ne pardonnent rien, certains supporters tournent vite, et on passe de “joueur majeur” à “banc” comme on zappe une chaîne.

Sauf que ça n’aide personne. La route est simple : physique ➡ confiance ➡ expression. Si Paris veut retrouver le Doué génial de la saison dernière, le moyen le plus rapide n’est pas de le brûler. C’est de le cadrer, de l’accompagner, et d’arrêter de creuser sous ses crampons.

Se souvenir de ce qu’on a vu : ce joueur-là existe déjà.

Doué n’est pas un fantasme de highlights. Il a déjà livré au plus haut niveau, jusqu’à marquer la saison dernière dans le match qui pèse une tonne : la finale de Ligue des champions. Ce rappel n’est pas un bouclier contre la critique, c’est une boussole : on parle d’un joueur capable de performances majeures, pas d’un joueur “à inventer”.

Et c’est précisément pour ça que la réaction actuelle est étrange : à la moindre faille, on ne corrige pas, on dévalue. On ne dit pas “il traverse une phase”, on dit “il perd son statut”. Comme si le statut était une humeur.

Deux blessures fin 2025 : le contexte qui change la lecture.

On peut discuter du niveau, mais pas en oubliant la chronologie. Fin 2025, Doué enchaîne deux pépins musculaires qui cassent sa continuité : mollet puis ischio. Ça ne fait pas “tout expliquer”, mais ça explique déjà l’essentiel : une reprise hachée, du rythme à reconstruire, des automatismes à réinstaller.

Et un retour, surtout après deux blessures, c’est rarement spectaculaire au début. Ce n’est pas une reprise directe. C’est une remise en marche : appuis, timing, explosivité, confiance dans le corps. Au PSG, ce chantier se fait sous lumière blanche, et ça amplifie tout : la moindre imprécision devient un symbole.

Le Doué qui en fait trop : un symptôme logique, pas un verdict.

On le voit : Doué tente de redevenir indispensable, mais il agit parfois comme s’il voulait “rattraper” ce qu’il a manqué. Ça donne le cocktail parfait du retour compliqué : dribbles de trop, enchaînements ratés, gestes “trop faciles” qui crispent, décisions rapides, moins de buts, moins de passes.

Ce n’est pas une faute morale. C’est un mauvais réglage. Et c’est là que l’on retrouve un écho à ses débuts : avant de changer de dimension, il a dû apprendre à choisir. À provoquer quand il faut, à simplifier quand il faut. Le talent, il l’a. Le retour au niveau, c’est souvent l’art de redevenir simple… au bon moment.

Les preuves sans l’inventaire : oui, le climat autour de lui est déjà lourd.

Inutile de transformer l’édito en feuille de match. Mais il faut être honnête : certains rendez-vous récents ont servi de carburant aux critiques, et les reproches reviennent en boucle : “il s’entête”, “il s’éteint”, “il agace”, “il rate trop”. Ce qui serait presque banal… si la conclusion n’était pas toujours extrême.

Car le problème, ce n’est pas de dire qu’il est en dessous. Le problème, c’est d’en faire une vérité définitive, comme si un retour de blessure devait produire une version “finale” dès la deuxième semaine.

Médias impitoyables, supporters girouettes : la fabrique du jugement extrême.

Les médias ne pardonnent rien parce que le verdict fait plus de bruit que la nuance. La sentence se partage mieux qu’un paragraphe intelligent sur le rythme et les choix. Et les supporters, eux, vivent à l’affect : quand ça brille, on encense ; quand ça glisse, on condamne. Le PSG rend tout plus intense, donc tout plus injuste si on n’y met pas un minimum de méthode.

Résultat : on confond un état avec une identité. On juge une phase comme si elle révélait “la vérité” du joueur.

Oui au banc, mais comme outil, pas comme bûcher.

Oui, Doué peut aller sur le banc. Et ce n’est pas un drame. Le banc peut être une gestion intelligente : minutes, montée en charge, respiration mentale, concurrence saine. Le banc, c’est un outil.

Ce qui pourrit tout, c’est le banc “punitif”, celui qu’on réclame pour humilier, pour “envoyer un message”, pour effacer un statut. Là, on ne gère plus un joueur : on le pousse à se justifier. Et un joueur qui se justifie sur le terrain force encore plus.

Le miroir Zaïre-Emery : l’exemple qui devrait calmer tout le monde.

Zaïre-Emery, l’an dernier, a payé très cher ses contre-performances : banc, déclassement dans la hiérarchie, récit de “régression”, et même un passage chez les Espoirs qui a nourri les commentaires faciles. Puis la réalité a repris ses droits : confiance retrouvée, continuité, et retour au rang d’indispensable, avec des performances haut niveau.

La leçon est simple : être dur ne “forge” pas toujours. Parfois, ça casse. Et au PSG, quand tu casses mentalement un joueur, tu perds du temps… exactement l’inverse de ce que tu prétends vouloir.

Conclusion

Doué doit “rencontrer l’histoire” sur la durée, oui. Mais cette histoire ne se construira pas dans un tribunal hebdomadaire. La voie rapide, c’est la voie adulte : contexte, exigence, patience. D’abord le physique. Ensuite la confiance. Et quand ces deux étages seront solides, le troisième reviendra : l’expression. Celle qu’on a déjà vue, et qu’on reverra plus vite si on arrête de creuser sous ses pieds.

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