Editos
Billet d’humeur – PSG : Safonov arrête les tirs, mais pas les critiques
Samedi, lors de la victoire du Paris Saint-Germain contre Le Mans (3-1), Matvey Safonov (27 ans) a réalisé deux arrêts importants. Pourtant, dans ses notes, Le Parisien a aussi souligné ses difficultés dans le jeu au pied. Un paradoxe qui pose une vraie question : à force de vouloir des gardiens capables de tout faire, n’aurait-on pas tendance à oublier leur première qualité ?
Safonov, le gardien qui n’en fait jamais assez ?
Il y a quelque chose d’assez curieux dans le jugement porté sur Safonov. Contre Le Mans, le Russe a été vigilant, notamment avec une sortie devant Louis Mafouta (32 ans), puis deux arrêts consécutifs aux 77e et 78e minutes. Il n’est pas davantage responsable du but encaissé. Bref, sur ce qu’on attend traditionnellement d’un gardien, difficile de lui adresser de gros reproches. Pourtant, la discussion revient rapidement sur ses pieds. Comme si les mains avaient fait leur boulot, mais qu’il restait encore une formalité administrative à remplir pour valider sa prestation.
Deux analyses, deux façons de regarder le même match
Le plus intéressant, c’est que les observateurs ne s’accordent même pas totalement sur son jeu au pied. On a pu observer des critiques sur son jeu au pied, contre Le Mans, mais on a aussi pu voir des médias (culture PSG), mettre en avant trois bonne relance longues. Même match, même joueur, mais deux appréciations différentes. Cela ne signifie pas que l’un a raison et l’autre tort. Simplement, l’évaluation d’un gardien devient de plus en plus complexe, surtout lorsqu’on mélange son efficacité devant le but et sa participation à la construction.
Et Safonov n’est pas épargné par cette nouvelle exigence. Depuis le début de la saison, ses prestations suscitent des interrogations, parfois justifiées. Mais on pourrait aussi lui reconnaître un mérite assez basique : lorsqu’il réalise les arrêts qu’il faut, cela devrait compter sérieusement dans la balance. Pas lui offrir un totem d’immunité, simplement éviter de considérer son travail comme une évidence sans intérêt.
Le jeu au pied, nouvelle religion des gardiens ?
Attention, il ne s’agit pas de regretter l’époque où un gardien pouvait dégager chaque ballon le plus loin possible en espérant qu’un partenaire le récupère. Le football a évolué, et tant mieux. Dans une équipe dirigée par Luis Enrique (56 ans), le gardien participe pleinement au jeu. Il doit offrir une solution sous pression, trouver le bon partenaire et parfois éliminer une ligne adverse par sa passe. Une mauvaise relance peut anéantir une possession, voire offrir une occasion à l’adversaire. Ce n’est donc pas une compétence secondaire.
Mais combien ça vaut, exactement ?
C’est là que le débat devient intéressant. Quelle place donner au jeu au pied dans l’évaluation globale d’un gardien ? 20 %, 30 %, davantage ? Il n’existe évidemment aucun coefficient universel. Personnellement, dans le PSG actuel, lui accorder environ un quart de l’appréciation semblerait raisonnable. Ce n’est pas une vérité scientifique, juste une manière de reconnaître son importance sans en faire le critère absolu. Et cette proportion doit naturellement varier selon les situations.
Car le gardien reste aussi celui qui doit anticiper, se placer, commander sa surface, gérer les sorties aériennes et, accessoirement, empêcher le ballon de franchir sa ligne. On ne demande pas à un attaquant de justifier chacune de ses prestations par son nombre de tacles réussis. Pourquoi faudrait-il parfois examiner le gardien comme un milieu de terrain auquel on aurait gentiment prêté des gants ? Le football moderne a enrichi le poste. Il serait dommage que cette évolution appauvrisse notre manière de le juger.
Défendre ses arrêts, ce n’est pas excuser ses défauts
Safonov n’est évidemment pas irréprochable. Son début de saison a été compliqué et son erreur sur le deuxième but encaissé contre Monaco, début septembre, avait légitimement alimenté les interrogations. Lucas Chevalier (24 ans) représente également une véritable concurrence. Il serait absurde de décréter que deux bonnes interventions contre Le Mans règlent définitivement le débat sur la hiérarchie des gardiens parisiens, tout comme il serait absurde de dire que ses trois mauvaises relances viennent remettre Chevalier sur le devant de la scène.
Le bon critère, c’est l’impact réel sur le match
Mais il faut aussi savoir évaluer les actions à leur juste valeur. Face aux Manceaux, Paris menait déjà 3-1 lorsque Safonov a réalisé ses deux arrêts. Il n’a donc pas sauvé une victoire qui semblait s’échapper. Il a simplement effectué des interventions importantes pour préserver l’avance parisienne. Et c’est déjà très bien. À l’inverse, une relance imprécise ne mérite pas systématiquement de devenir le symbole d’une mauvaise rencontre. Tout dépend du risque pris, de la situation créée et de ses conséquences.
Au fond, la question n’est pas de savoir si Safonov possède le jeu au pied idéal pour le PSG. À ce jour, il a encore des progrès à faire. Elle est plutôt de déterminer si nous savons apprécier ce qu’il réussit sans immédiatement chercher ce qu’il lui manque. L’exigence envers les gardiens a parfaitement le droit d’évoluer. Notre regard aussi. Mais à force de regarder les pieds de Safonov, on finirait presque par oublier pourquoi il porte des gants.










